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Patrimoine

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Publié le 22/03/2025

Études scientifiques d'un flacon antique

Ou quand sciences de l'archéologie et recherche unissent leurs forces… C'Chartres Archéologie et un enseignant de l'IUT de Chartres, également chercheur au sein d'un laboratoire affilié au CNRS, ont travaillé main dans la main pour percer les mystères de conservation d'un récipient en verre datant de 200-300 après J-C, découvert lors d'une fouille à Amilly.


Il y a un an, C'Chartres Archéologie vous détaillait la mise au jour d'un coffret antique en bois d'érable. Découvert au pied d'une sépulture lors d'une fouille à Amilly, le coffret est depuis entre les mains de Marjorie Maqueda, conservatrice-restauratrice, qui se consacre avec soin à la restauration et l'étude technologique des objets qu'il contenait. Parmi eux, quatre récipients en verre : deux, de couleur verte, présentent un bon état général ; les autres, de couleur blanche, sont très fragmentaires voire en miettes, et n'ont donc pu être restaurés.

Les différences d'altérations observées interrogent. Pour percer les mystères de la conservation de ce mobilier datant de 200-300 après J-C, Marjorie a sollicité l'expertise de Jean-Philippe Blondeau, enseignant à l'IUT de Chartres et chercheur au sein du laboratoire CEMHTI (Conditions Extrêmes et Matériaux : Haute Température et Irradiation), affilié au CNRS.

UV et rayons X

Dans son laboratoire, l'enseignant-chercheur a accompagné la conservatrice-restauratrice dans l'utilisation de différents instruments d'analyse et de mesure, se penchant sur l'étude du flacon qui présentait le meilleur état de conservation.

Dans un premier temps, les scientifiques ont utilisé un spectrophotomètre UV-visible. Cet instrument mesure la quantité de lumière qui traverse le verre et révèle la présence de certaines substances chimiques. Le spectre lumineux obtenu a révélé la présence d'oxyde de fer, un composé chimique qui donne sa couleur verte au verre. Pour corroborer ces données, ils ont fait appel à un analyseur à fluorescence X. Fonctionnant par détection des éléments présents dans l'échantillon suite à son irradiation par des rayons X, cet appareil a permis de déterminer avec précision la composition chimique du flacon : il s'agit d'un verre de type sodo-calcique avec un taux de fer élevé.

Des matériaux communs chez les Romains

Le verre sodo-calcique est composé principalement de silice (70 %), provenant du sable, d'oxyde de sodium (10 %), un fondant qui facilite la fabrication du verre, d'oxyde de calcium (8 %), un stabilisant qui le rend plus résistant, et d'oxyde de fer (1 %), responsable de la coloration verte du verre.

Ce type de verre était très courant chez les Romains, car il était fabriqué à partir de matériaux facilement disponibles dans tout l'Empire : du sable, de la chaux et du natron (une source naturelle de sodium). Le sodium, qui forme des liaisons fortes avec la matrice siliceuse, confère une composition durable et explique le bon état de conservation de ce type de verre.

Seul ce flacon ayant pu faire l'objet d'analyses poussées, l'explication des différents états d'altération des flacons retrouvés dans le coffret par les différences chimiques qui les composent reste pour le moment hypothétique.

Étude collaborative

Cette étude a malgré tout été l'occasion d'une collaboration enrichissante entre les deux scientifiques. Pour Jean-Philippe Blondeau, c'était l'opportunité de travailler sur des objets archéologiques et de comparer ses résultats avec des problématiques industrielles contemporaines. Pour Marjorie Maqueda, ces analyses ont permis de mieux comprendre les altérations du verre et d'établir un diagnostic précis de conservation. Au-delà des aspects techniques, cette étude collaborative a permis aux scientifiques de s'interroger sur les pratiques funéraires de l'époque romaine et sur les ressources utilisées pour fabriquer ces objets.

Une belle façon de faire parler l'Histoire grâce à la science !

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